L’importance des exclusivités des consoles : arrêtons l’hypocrisie

S’il y a bien une chose qui différencie les consoles, ce sont leurs jeux exclusifs. Elles permettent d’orienter un gamer, c’est à dire un véritable passionné n’ayant pas d’avance choisi sa future console en fonction de la marque, vers une console ou une autre. Elles font l’identité d’une console. Certaines exclusivités sont temporaires, d’autres non, et d’autres concernent uniquement les consoles de jeu, permettant également aux joueurs PC de s’offrir l’oeuvre vidéoludique en question. C’est de ce dernier cas que je vais vous parler en premier lieu.

J’entend beaucoup dire qu’une exclu « telle console + PC » ne sert à rien. J’ai pourtant un exemple indiscutable pour démontrer que oui, les exclusivités « Xbox One et PC » ou « PS4 et PC » font la différence : les jeux indépendants. Lorsqu’un jeu indé sort, dans un premier temps du moins, sur une seule console, que ce soit en même temps ou après sa sortie sur PC, les possesseurs de la « bonne » console sont contents, tandis que les autres sont frustrés. Pourtant, ces jeux sont pour une grosse majorité peu gourmands en ressources, pouvant donc tourner plus facilement sur le PC de monsieur et madame tout-le-monde qu’un Gears of War : Ultimate Edition ou qu’un Street Fighter V. L’avantage d’avoir un jeu sur sa console et aucune autre est donc bien réel pour le constructeur, malgré la disponibilité du titre sur PC. Certaines personnes préfèrent le confort du fauteuil ou du lit, manette en main, que la chaise de bureau et avoir les yeux à cinquante centimètres de l’écran.

streetfighter5

Les exclusivités temporaires, elles, ont une importance variable. Il est sûr que l’exclusivité temporaire des consoles Xbox 360 et Xbox One sur Plants vs Zombies : Garden Warfare n’a pas eu une grande influence sur les ventes de consoles, alors que celle supposée, voire pratiquement certaine, sur Rise of the Tomb Raider risque fort de faire opter pas mal de gamers pour une Xbox One en cette fin d’année 2015. De même, l’exclusivité temporaire pour la PlayStation 4 sur le remake de Final Fantasy VII va à coup sûr, si toutefois il sort réellement sur cette génération de consoles, booster considérablement les ventes de la machine de Sony à la sortie du jeu.

Il en est de même pour les exclusivités, temporaires ou non, sur du contenu de jeu, qu’il soit téléchargeable ou intégré au jeu. Je vais prendre un exemple très personnel. Le neuvième Mortal Kombat, sorti d’abord sur Xbox 360 et PlayStation 3, comportait un combattant exclusif la console de Sony : Kratos. Trouvant que sa présence dénaturait un peu le jeu, je l’ai pris sur Xbox 360, mais beaucoup de possesseurs des deux machines l’ont pris sur PS3 afin de pouvoir incarner le héros de la série God of War. Par la suite, des personnages en DLC sont arrivés et parmis ceux-ci figurait Freddy Krueger. J’ai attendu, et j’ai finalement revendu la version Xbox 360 pour la Komplete Edition (incluant les quatre personnages en DLC) sur PS3. Le jeu comportant de toute façon un personnage externe à la série dans sa version complète, la présence de Kratos était devenue un véritable bonus à mes yeux. Pour Assassin’s Creed III par contre, le contenu exclusif à la PlayStation 3 m’a fait acheter le jeu sur ce support plutôt que sur Xbox 360. Ce genre de deals avec les éditeurs peut orienter celui qui possède plusieurs consoles vers l’une ou l’autre version, mais je ne pense pas que ça fasse réellement vendre la machine en elle-même.

Gears of War : Ultimate Edition

Il existe aussi une autre forme d’exclusivité, celle sur la communication. Un constructeur peut financer la campagne de publicité d’un jeu, et ne mentionner que sa ou ses consoles dans celle-ci. Je me souviens par exemple des publicités pour Burnout Paradise à la télé, qui ne mentionnaient que la PlayStation 3. Une variante consiste à ne pas dévoiler que le jeu sortira en même temps sur deux consoles, en continuant de dire qu’il est exclusif à l’une ou l’autre. Ce fut le cas avec Tekken 6, longtemps annoncé comme une exclusivité PS3 avant d’être annoncé sur Xbox 360 puis, dans une moindre mesure, sur PSP. Ce genre de choses oriente le consommateur vers une console plutôt qu’une autre durant une certaine période, puisqu’il pense que c’est la seule qui lui permettra de jouer au jeu convoité.

Pour conclure, une personne qui n’achète qu’une seule console l’achète pour son catalogue global et non parce qu’il est écrité « Exclusivement sur » sur la jaquette de nombreux jeux. D’ailleurs, malgré l’avantage qu’a la Xbox One avec son catalogue de fin d’année, je suis convaincu que de nombreux adolescents demanderont la PS4 avec GTA V ou le dernier FIFA ou Call of Duty à Noël ou Saint Nicolas. Une exclusivité donne à une console un argument qu’une autre na pas, une ligne en plus dans la liste de jeux qu’elle propose, et ce, indépendamment du fait que le jeu en question sorte sur PC ou non. Cependant, une console se doit d’avoir des exclusivités fermes, définitives, et qui ne sortiront jamais sur PC. Elles font l’identité d’une console et rendent la machine indispensable à tout gamer qui se respecte. Sans ces exclusivités totales, une console devient inutile, et il n’est plus nécessaire de les posséder toutes. S’il est possible d’affirmer sans prendre trop de risque que le jeu Uncharted 4 ne sortira jamais ailleurs que sur PlayStation 4 (exception faite pour l’inévitable remastérisation ou compilation sur la console suivante de Sony), et que Mario Kart 8 restera bien exclusif à la Wii U, c’est toujours plus délicat en ce qui concerne les exclusivités Xbox. Bien sûr, des exclusivités resteront, comme le probable Banjo-Kazooie 4, puisque le jeu de plate-formes est un genre peu populaire sur PC, mais le doute est largement permis en ce qui concerne Quantum Break, pour ne citer que celui-là. Etant donné que pour la prochaine génération je compte prendre un PC de gamer comme support principal, il faudra que Microsoft me donne envie d’une Xbox 4. Sony et Nintendo, eux, n’ont pas ce problème, avec LittleBigPlanet et Uncharted d’un côté, Mario Kart et Smash Bros de l’autre : des arguments de poids contre lesquels un PC ne peut rien faire, du moins pour le moment…